Objectif du document :

Capitaliser des expériences de terrain concernant la réhabilitation de services dentaires de référence dans des pays en développement.

Ce document est une base de travail, il apporte des éléments de réflexion pour la mise en place d’un service de référence.

Il ne constitue en aucun cas un guide, celui-ci serait trop figé face à la diversité et à la complexité des contextes d’intervention.

 

Limites du document:

La réhabilitation d’un service de référence doit s’inscrire dans une démarche globale.

Celle-ci pouvant être : l’application d’un programme national, un projet de développement initié par une ONG, un projet pilote…

L’intégration de la réhabilitation du service de référence à cette démarche n’est pas abordée (intégration à la politique nationale de santé, relations avec les autorités locales, intégration au projet de développement…).

Des étapes préparatoires sont recommandées, mais ne seront pas abordées dans le document :

- enquête socio-économique auprès de la population cible,

- enquête ethnologique,

- évaluation de la demande, des besoins et de l’offre en soins,

- élaboration et choix de stratégie,

Dans ce document, nous émettons l’hypothèse que le " projet global " comporte un volet " réhabilitation d’un centre de référence ".

 

Définition d’un service dentaire de référence :

Le service de référence assure tous les types de " soins dentaires classiques ". Il est lié à des structures périphériques limitées dans leur offre de soins.

Types de soins assurés :

avulsions simples et complexes, chirurgie (limites ?), soins conservateurs (amalgames, composites), détartrages, soins endodontiques, soins préventifs (ART).

nb : Les soins prothétiques ne sont pas abordés dans ce document.

 

Précision sur l’usage du terme réhabilitation :

Dans ce document, le terme réhabilitation concerne toutes les phases de " l’action de réhabilitation " : depuis la première prise de contact entre les partenaires jusqu’au désengagement.

 

Objectifs d’une réhabilitation :

Objectif général :

AMELIORATION DURABLE DE L’OFFRE DE SOINS DENTAIRES

Objectifs spécifiques :

- Optimisation des ressources matérielles,

- Amélioration de l’ergonomie et de la gestion du service,

- Amélioration de la qualité des soins,

- Amélioration de la formation du personnel (soins, gestion, hygiène, accueil,…)

- Amélioration de la pérennité du service,

- Acceptation des modalités de la réhabilitation pour les partenaires impliqués dans le projet,

 

REMARQUES D’ORDRE GENERAL

 Le positionnement de l’intervenant étranger :

Le positionnement d’un intervenant étranger est souvent délicat, le passé des ONG montre combien d’erreur ont été commises en ce domaine.

Ces expériences nous poussent à formuler quelques recommandations concernant une démarche " d’aide " :

- respecter les spécificités socioculturelles,

- mal connaître, c’est souvent " mal aider ",

Il est souvent difficile de déchiffrer le système dans lequel nous allons intervenir et ainsi savoir comment nous allons le modifier.

- ne pas se positionner en tant que donneur, favoriser la démarche d’échange,

- une réhabilitation doit être envisagée comme une adaptation entre l’ONG et les bénéficiaires,

 

La durée de présence des intervenants étrangers :

Les séjours de longue durée facilitent la compréhension et la résolution de nombreux problèmes. La confiance et le temps sont des facteurs importants. Les partenaires sont rarement enclins a confier des informations vitales à des étrangers venus pour de courtes périodes et comprenant difficilement le fonctionnement du pays.

Nous favorisons, dans la mesure des moyens, la présence prolongée d’intervenants extérieurs.

 

Importance de la phase de préparation :

Lorsque la phase de préparation d’un projet est négligée, les risques d’échec sont accrus.

En conséquence, nous favorisons le respect d’une phase de préparation importante, en insistant sur :

- la participation et l’implication des partenaires locaux,

- la constitution de groupes de travail,

- la rédaction de contrats concernant la réhabilitation, ceci permettant de poser des bases claires sur les engagements des parties impliquées dans la réhabilitation,

- l’avenir du " vieux matériel " après la réhabilitation,

 

Modification des comportements :

Les changements de comportement sont des processus très délicats.

L’amélioration durable des habitudes de travail est un élément important de réussite d’une réhabilitation.

Mais ces changements sont difficiles à obtenir, pour plusieurs raisons :

- ils sont rarement perçus comme une priorité (la principale demande des bénéficiaires d’une réhabilitation concerne le matériel),

- ils alourdissent le fonctionnement du service,

- ils demandent une profonde remise en cause personnelle des praticiens,

- ils sont confrontés à des problèmes d’ordre économique (notamment en matière d’amélioration de l’hygiène),

 

1.1 Prise de contact

Elle peut se dérouler en plusieurs étapes.

En pratique :
- rencontres informelles,
- présentations officielles, relations avec le Ministère de la Santé,
- constitution d'un groupe de travail avec les praticiens concernés par la réhabilitation.

Difficultés :
- ne pas se positionner en tant que donneur, favoriser la démarche d'échange,
- respecter les spécificités socioculturelles,

Outils :
- plaquettes de présentation de l'organisation,
- présentations vidéo, projection, photos,…
- document de projet,


1.2 Recueil d'informations :

De nombreuses informations sont à recueillir lors de cette étape :
Dans le service :
- plans des bâtiments,
- qualité du matériel (fauteuils, stérilisateurs, instrumentation…),
- niveau d'hygiène,
- niveau des praticiens, qualité des soins effectués, pathologies rencontrées,
- fonctionnement financier officiel et officieux (système de primes, tarification, salaires des praticiens…)
- motivation du personnel,
- évaluation des outils de gestion,
- prise en charge des indigents,
- qualité de l'eau, de l'électricité,…
(voir liste en annexe)

A l'extérieur du service :
- possibilités de maintenance des équipements lourds,
- qualité du matériel disponible localement (fauteuils, stérilisateurs, instrumentation…),
- modalités de réapprovisionnement de l'instrumentation et des produits consommables,
- formation continue

Difficultés :
La confiance et le temps sont des facteurs importants. Les partenaires sont rarement enclins a confier des informations vitales à des étrangers venus pour de courtes périodes et comprenant difficilement le fonctionnement du pays.
Il est souvent difficile de déchiffrer le système dans lequel nous allons intervenir et ainsi de savoir comment nous allons le modifier.

Outils :
- grilles d'évaluation
- tests (stérilisateurs, qualité des consommables,…)


1.3 Discussion :

Cette discussion doit permettre aux partenaires d'exprimer leur attentes, leurs exigences et de mieux comprendre la démarche. Différents thèmes seront abordés :
- prise en compte de la demande des partenaires locaux,
- présentation d'une proposition de réhabilitation,
- présentation de l'apport de cette proposition pour les bénéficiaires (avantages et inconvénients),
- mise au point d'un schéma de réhabilitation acceptable pour toutes les parties,
- l'avenir du " vieux matériel ",
- la définition d'un calendrier pour la réhabilitation.

Difficultés :
- impliquer les acteurs dans la prise de décision,
- identifier les éventuelles sources de blocage et les non-dit (intérêts politiques, politesse,… ),
- ne pas toujours vouloir imposer ses propres choix, même s'ils sont meilleurs techniquement.

Recommandations :
- bien écouter les bénéficiaires du projet et répondre à leurs interrogations,
- bien expliquer que la réhabilitation n'apporte pas que des avantages (le système de boites peut paraître contraignant),
- la réhabilitation doit être envisagée comme un adaptation entre l'ONG et les bénéficiaires,

Outils :
- Photos illustrant l'aspect de services réhabilités,
- Liste de matériel,
- Type de protocoles mis en place
- Vidéo


1.4 Elaboration des plans

Cette étape ne concerne que les réhabilitations d'une certaine envergure où les salles sont modifiées.

Une discussion aura lieu en concertation avec les intervenants : locaux, coordination du projet et spécialistes (architectes, installateurs, formateurs). (ANNEXES)
La démarche est la même que pour le point précédent, plusieurs versions peuvent être proposées pour arriver à un accord qui convienne à tous les intervenants pour le projet.

Difficultés :
- concilier les exigences des différents intervenants pour obtenir le meilleur compromis possible en respectant les règles essentielles d'ergonomie des services, (cf ANNEXES)
- les plans sont directement liés à la future organisation du service, celle-ci doit donc être clairement définie et approuvée par les intervenants.

Outils :
- données techniques concernant l'instrumentation
- moyens d'échanges rapides d'information (fax, email+scanner,)


1.5 Rédaction d'un contrat

Le contrat concernant la réhabilitation permet de poser des bases claires sur les engagements des parties impliquées dans la réhabilitation. Il peut comporter de nombreux aspects selon les situations : détails sur les travaux, gestion future du centre, réapprovisionnement en consommables,… (cf ANNEXES)

Difficulté :
- démarche parfois délicate à appréhender,

Ce contrat pourra être signé avec les plans.
Si aucun accord n'est trouvé pour aboutir à la rédaction d'un contrat acceptable, les deux parties peuvent décider de ne pas poursuivre le projet.


1.6. Achat du matériel

Les listes de matériel présentées dans ce chapitre ou en annexes constituent uniquement des bases de travail, elle doivent s'adapter au contexte.

Le matériel peut être classé en 3 catégories :
- équipement lourd : fauteuil dentaire, compresseur, stérilisateur, radio, aspiration, pièces de rechange.
- instrumentation : boites, instruments de soins, tambours,…
- consommables : anesthésiques, amalgames, composites, fraises,…


La stratégie d'achat doit faire l'objet d'une réflexion approfondie :

· achats locaux :
Aspects positifs :
- correspond mieux à une logique de développement,
- participe à la mise en place réseaux d'achats si ils sont insuffisants,
- la maintenance de l'équipement lourd peut être facilitée,
- meilleure intégration au contexte du pays, rechercle d'un modèle adapté à partir des conditions locales
- possibilité d'appuyer la mise en place de centrales d'achats,
- coût d'achat inférieur (variable selon les régions),

Aspects négatifs :
- qualité du matériel variable,
- difficulté à mettre en place un système de boites cohérent,
- disponibilité du matériel (très variable selon les régions),

· achats hors pays d'intervention :
Aspects positifs :
- harmonisation du matériel facilitée,
- meilleure connaissance du matériel et des partenaires industriels,
- qualité du matériel,


Aspects négatifs :
- pas d'aide au développement de structures commerciales locales,
- besoins de formation pour la maintenance des équipements lourds
- coût,
- difficultés d'acheminement et de dédouanement.
- reproductibilité limitée due au coût du matériel (surtout pour le fauteuil).


1.7. Démarrage et suivi des travaux

Le choix de l'entrepreneur se fera si possible par un appel d'offre. Un cahier des charges sera défini à l'avance.

Difficultés :
- contrôler la qualité des travaux,


 

1.8. Installation de l'équipement lourd,

L'installation pourra être effectuée par différents intervenants :
- technicien de maintenance dans le cadre de sa formation,
- technicien AOI,
- technicien exerçant pour un industriel dans le cadre d'un accord,

Outils :
- cassette vidéo de montage des fauteuils OMS Staff,
- mallette d'accessoires,
- plans de montage,


1.9. Installation de l'instrumentation et du matériel,

L'installation sera réalisé avec le personnel (praticiens et assistantes).
L'intervenant extérieur sera là pour guider de personnel dans l'organisation du service et le mode de rangement (constitution des boites, positionnement du matériel,…).
Il est important de réaliser un inventaire, de s'assurer de la sécurité du local de stockage et de connaître la personne responsable.



Difficultés :
- ne pas réaliser l'installation à la place du personnel,

Recommandations :
- il est important que tout le personnel participe à cette étape,
- pour favoriser un rupture par rapport à l'ancien mode d'organisation, il est préférable d'apporter la plus grosse partie du matériel et les formations de façon synchronisée,

Outils :
- Listes de rangement,
- Photos,


    1.10. Appui à l'organisation du service


La mise en place du nouveau service sera complétée par une formation pratique :
- utilisation du matériel (utilisation des boites, amalgamateur, lampe à polymériser,… )
- organisation de la stérilisation
- entretient du matériel (fauteuil, instruments rotatifs,…)
- gestion du service (gestion des patients, utilisation des outils de gestion,…)

Des protocoles seront réalisés avec le personnel du service. Ils devront ensuite être datés, signés et affichés dans le service.

Difficultés :
- répondre clairement aux interrogations du personnel,

Outils :
- protocoles réalisés pour d'autres projets (cf Annexes)
- ouvrages de référence (Hygiène, protocoles de soins,…)



1.11. Formation à l'hygiène

Cette formation peut également intervenir avant l'étape précédente.
Elle est assurée par des spécialistes en hygiène dans le cadre d'une mission ponctuelle (une semaine en moyenne).



Chronogramme :
- prise de connaissance du niveau d'hygiène des services de la région,
- bilan des produits de qualité disponibles localement,
- formation théorique et formation pratique (pouvant être synchronisées),
- réalisation des protocoles de stérilisation.

Difficultés :
- adapter la formation au niveau de connaissance des partenaires locaux,
- rester accessible,

Recommandations :
- un travail de préparation et de suivi de la formation est conseillé,

Outils :
- manuel d'hygiène rédigé par les formateurs,
- diapositives, barco.


1.12. Formation aux soins

Elle est assurée par des spécialistes dans le cadre d'une mission ponctuelle (une semaine en moyenne).

Chronogramme :
- évaluation des praticiens (pouvant être réalisée en amont),
- formation théorique et formation pratique (pouvant être synchronisées)

Difficultés :
- adapter la formation au niveau de connaissance des partenaires locaux,
- rester accessible,

Recommandations :
- un travail de préparation et de suivi de la formation est conseillé,

Outils :
- manuel et protocoles rédigés par les formateurs,
- diapositives, ordinateur, barco.


1.13. Suivi

Ces formations ponctuelles apportent de nombreuses connaissances en un temps relativement court.
Il est important de réaliser un " suivi actif " du service et corriger certains comportements.

Difficultés :
- les changements de comportement sont des phénomènes délicats,
- répondre aux interrogations des bénéficiaires afin qu'ils ne se détournent pas en face d'obstacles techniques,

Outils :
- élaboration d'un guide


1.14. Evaluation

Afin de quantifier les résultats de la réhabilitation, une évaluation régulière du service est indispensable.
Plusieurs types d'évaluations sont envisageables : évaluation interne, évaluation externe, évaluation des résultats, évaluation du processus, évaluation des impacts,…

Il est souhaitable d'impliquer les bénéficiaires de la réhabilitation dans la préparation et la réalisation de cette évaluation.

Difficultés :
- calibrage des évaluations, elle doivent être réalisées par la même personne,
- élaboration de grilles d'évaluation adaptées,

Recommandations :
- impliquer des responsables locaux dans ces phases d'évaluation (Ministère de la santé,…)

Outils :
- L'évolution de l'activité du service sera évaluée grâce aux relevés d'activité mensuels.
- grilles d'évaluation,


1.15. Désengagement

La réussite du désengagement est tributaire étapes précédentes.

 

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